Conférence de Namur 2017-05-13T16:01:01+00:00

LE CHIEN D’UTILITE – L’UTILITE DU CHIEN
« Le chien de compagnie est AUSSI un chien d’utilité »
par Isabelle MERIOT

à Benny et Brioche.

« … toute opinion sur le monde est un acte de création autobiographique.
Interpréter le monde, c’est livrer son inconscient ;
L’observer c’est déjà l’interpréter. »
(Boris Cyrulnik)

Je suis avec vous aujourd’hui pour vous parler de l’utilité du chien de compagnie. Il peut sembler n’y avoir que peu de choses à dire sur le sujet. Ce n’est qu’une apparence. Trompeuse. Simpliste. En effet au-delà du cliché du chien-chien à sa mémère, la fonction de chien de compagnie est une des plus ardue qui soit. Cette fonction est complexe et dans certains cas dangereuse.
Mais, me direz-vous, qui suis-je donc pour vous parler à vous, docte assemblée, de tous ces dangers au sein du couple chien-chien/mémère ? Je suis juste une femme (pas encore totalement mémère)
qui a des chiens-chiens. Qui en élève de temps en temps, qui se pique légèrement de cynophilie, et qui tout en regardant ses contemporains, se documente, lit, expérimente et réfléchis. Sur les mémères… et sur les chiens-chiens !
Ce que je vous propose maintenant c’est un petit voyage, ce qu’en physique on appelle une parallaxe. Je vous propose d’adopter durant quelques minutes un point de vue peut être radicalement différent du vôtre et qui va changer la perception que vous vous faites du
chien et de son utilité. Un point de vue qui va peut-être vous plaire ou vous déplaire. Nous verrons bien. VOUS verrez bien…

-I–
Les relations homme /animal

A) L’attirance de l’Homme pour l’Animal

B) Culture et Animalité

C) Les différents types de rapport homme/animal

D) Tradition culturelle et animal

1- Animaux et chiens dans les traditions judéo-chrétiennes

2- Le chien dans les autres traditions

a) L’ancienne Egypte

b) La Grèce antique

c) Rome

d) La tradition Musulmane

-II-
Utilité du chien

A) Le point de vue physiologique

B) Le lien avec la nature
a) La Nature ? Mais quelle nature ?
b) Le lien avec l’altérité
c) Chien et cerveau reptilien

C) L’aspect communication
a) Le chien, un super lubrifiant social !
b) Le chien comme vecteur d’amour inconditionnel
c) Le chien fidèle
d) Le chien et l’enfant : des partenaires de choix

-III-
Néototémisme canin

A) Le chien comme une nouvelle héraldique
a) Symbolisme, imaginaire et esthétique
b) Groupe et identification

B) Chien fantasme/fantasmé
a) Le regard de la société sur le chien
b)Mon chien, ma névrose

-IV-
Le plus vieil ami de l’homme… un continent à découvrir ?

-I-
Les relations homme /animal

Ces relations-là n’ont rien de simple. Nous aimons les animaux, les utilisons comme symboles et métaphores mais parallèlement à cela nous sommes capable de les manger ! Dans toutes les sociétés humaines ce paradoxe génère de la culpabilité et suscite des rites et des comportements apaisants. Il n’est que de songer aux Aïnous qui élèvent au lait humain des oursons pour les tuer trois ans après sous les pleurs des femmes qui les ont allaités, ou aux peuples d’Amazonie qui élèvent comme des membres de leur famille les petits de leur gibier pour que la source ne s’en tarisse pas, pour s’en convaincre. Nos sociétés occidentales pourraient se croire à l’abri de tels comportements mais en fait nous en sommes presque l’illustration archétypale.

En effet avec une certaine forme de marginalisation du secteur agricole qui ne représente plus aujourd’hui que 7% de la population active, nous assistons depuis ces cinquante dernières années à un bouleversement des rapports que la société entretient avec les « bêtes ». L’élevage intensif et la mécanisation à outrance ont coupé les hommes du bétail  et de la volaille qui sont devenus des animaux de « rente », n’ayant pour valeur que celle du commerce. D’où des maltraitances vis à vis d’eux qui ne sont plus que de la « viande sur patte ». Cet état de fait où l’on refuse de savoir que l’aliment contenu dans la barquette en polystyrène galopait quelques jours avant, alors que notre inconscient est lui parfaitement au courant, génère une culpabilité dont nous nous dédouanons en surinvestissant nos animaux familiers. Ou comme le dit si bien Jean-Pierre Digard, docteur en Ethnologie : « A l’hyper –domestication, la surprotection, la survalorisation des animaux familiers s’opposent radicalement la dé-domestication, le maltraitement, la marginalisation des animaux de rente.[1] »

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’homme n’est pas « clair » dans les relations qu’il entretient avec les animaux et pourtant ces relations sont fondatrices de notre humanité.

Pour vous parler plus particulièrement des relations que nous entretenons avec les chiens il me faut en premier lieu aborder les relations que nous entretenons avec la totalité de la sphère animale. Et pour cela je me suis référée à un texte de Jean-Yves Goffi[2].

Nous acceptons de partager avec les animaux une certaine forme de communauté du vivant, mais nous leur refusons la plupart du temps l’appartenance à une communauté morale commune. Certains d’entre vous pourraient dire que cette exclusion se justifie, comme l’entend Kant, par le fait qu’une communauté morale est constitué par « la réunion systématique de divers êtres raisonnables par l’effet de lois communes » et qu’il ne saurait donc exister de communauté morale entre des êtres raisonnables et des êtres qui ne le sont pas. Sauf qu’au sein de notre « communauté morale » il y a des personnes qui ne disposent pas des même possibilités mentales que nous, les bébés par exemple, ou les fous, ou encore les vieilles personnes atteintes de sénilité. Pour autant leur appartenance à la communauté morale ne leur est pas déniée. Nous ressentirions cela comme barbare et inhumain. Leur appartenance à cette fameuse communauté morale est induite par d’autres propriétés morales que la capacité de raisonner comme la majorité. Certains animaux sont dotés de facultés mentales (telles que par exemple la conscience d’être vivant, ou encore la sensibilité), qui devra
ient nous amener à les considérer comme autre choses que les « animachines » prônées par Descartes. Pourtant ce n’est pas le cas.

« Voici ce qu’un disciple de Voltaire aurait pu déclarer à ceux qui prétendent que les bêtes sont
dénuées de la parole, comme de tout sentiment et connaissance :Est-ce parce que je te parle que tu juges que j’ai du sentiment, de la mémoire, des idées ? Et bien ! Je ne te parle pas : tu me vois entrer chez moi l’air affligé, chercher un papier avec inquiétude, ouvrir le bureau où je me souviens de l’avoir enfermé, le trouver, le lire avec joie. Tu juges que j’ai éprouvé le sentiment de l’affliction et celui du plaisir, que j’ai de la mémoire et de la connaissance. Porte donc le même jugement sur ce chien qui a perdu son maître, qui l’a cherché dans tous les chemins avec des cris douloureux, qui entre dans sa maison, inquiet, agité, qui descend, qui monte, qui va de chambre en chambre, qui trouve enfin dans son cabinet le maître qu’il aime, et qui lui témoigne sa joie par la douceur de ses cris, par ses sauts, par ses caresses.

Des barbares saisissent ce chien, qui l’emporte prodigieusement sur l’homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques. Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi.
Répond-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal pour qu’il ne sente pas ? A-t-il des nerfs pour être impassible ? »

 

A) L’attirance de l’Homme pour l’Animal

Tout cela est très paradoxal car parallèlement au déni d’appartenance à la même communauté morale généralement affiché, coexiste une formidable reconnaissance de l’animal en tant qu’élément fondateur de notre humanité. Il faut savoir, que l’anthropologue Paul Shepard (entre autres scientifiques) a réalisé le test dit « du sujet caché ». Il consiste à dissimuler dans un enchevêtrement de traits complexes des dessins ou des photos d’animaux, d’objets ou de plantes. Le résultat est soumis aux participants du test qui doivent déterminer qui se cache dans l’embrouillamini ainsi obtenu. L’animal à été découvert dans 90% des cas alors que le pourcentage pour les autres images est tombé en dessous de 50% ! Marchesini et Tonutti[3] expliquent quant à eux que « d’après certaines recherches en matière d’anthropologie, l’homme aurait une nette prédisposition cognitive à attribuer des contenus animaux à tout ce qui n’est pas immédiatement compréhensible.

Pour l’éthologue Eibl-Eibesfeld, cette préférence pour la forme animale explique la tendance à voir des moutons, des cygnes, des chiens, des chats et d’autres animaux dans les nuages, les cailloux, les ombres, le profil des montagnes et la forme des rochers. ».

Il n’y a qu’à voir le nombre de
publicités qui utilisent les animaux, très « vendeurs », le nombre de chiens mascottes que l’on retrouve autant dans les forces armées de divers pays, que dans les casernes américaines de sapeurs -pompiers, que sur les plateaux télés, pour comprendre que l’animal est au cœur de nos représentations.
L’exemple le plus récent que j’ai vu est celui que j’ai trouvé dans un magazine féminin. Il s’agit d’un entrefilet intitulé « Art-Toutoumania[4] » rapportant la sortie (manifestement très attendue !) d’un recueil de reproduction des toiles de Georges Rodrigue, ayant toutes comme point commun de représenter un chien bleu avec des yeux jaunes.

 

Les représentations de ce sympathique petit animal auraient « envoûté » (c’est le terme employé) le Tout-Hollywood, et jusqu’à la Maison-Blanche, et se seraient arrachées à partir de 57 500€. Je voudrais m’arrêter quelques secondes sur ce terme d’envoûté. Il réfère directement à la magie. Une magie noire ou blanche contre laquelle on ne peut rien. Envoûter c’est subjuguer ce qui signifie littéralement « mettre sous le joug » .Il est amusant quand même de lire qu’un petit chien bleu peut mettre à ses pattes les grands de ce monde…Le court article se termine sur la constatation que l’auteur n’a pas encore compris cet engouement phénoménal pour ses créations. La question que l’on peut raisonnablement se poser c’est aussi : pourquoi un artiste peut-il ne peindre qu’un seul sujet : un chien bleu portant un regard jaune et ahuri sur le monde ? Voici une reproduction d’une de ses toiles :

Qu’a fait vibrer ce petit chien bleu aux yeux écarquillés dans le cœur de tous ces gens célèbres ou de pouvoir ? Qu’éveille en nous cet animal manifestement désemparé ? Un vieil écho du « viens-chez-moi-j’habite-dans-une-chouette-caverne » originel ? Les réminiscences d’un pacte de solidarité multi-millénaire ?
Certainement.
Le chien est le premier animal que nous ayons domestiqué (quoique quand je me vois servir tous les soirs, à heure fixe pour respecter la « routine joyeuse », les gamelles améliorées à mes chiens, moi qui ai horreur de la routine, je me demande bien qui des deux à domestiqué l’autre !!). A ce titre il éveille quantité de représentations en nous depuis au moins 12 000 ans qu’il nous supporte. L’humanité et le monde animal sont un très vieux couple. L’humain se construit autant « avec » l’animal que « contre ».

B)Culture et Animalité

On oppose traditionnellement culture et animalité comme le fait Charles Baudelaire dans « Mon cœur mis à nu » :
« Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées : l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, où spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan ou animalité est une joie de descendre. C’est à cette dernière que doivent être rapportées les amours pour les femmes et les conversations intimes avec les animaux, chiens, chats, etc »

Vous aurez soin de noter que pour Beaudelaire femmes et animaux relèvent directement de Satan… apparentés par leur animalité. Rien à voir avec la réalité des faits mais bien avec le vécu de l’auteur qui supporta extrêmement mal le remariage de sa mère durant son enfance…
Opposer culture et animalité c’est refuser de voir la part animale qui est en chacun de nous et c’est un non-sens, car notre culture s’est faite à partir de l’animal. Les animaux en tant que symboles nous permettent d’explorer la variété des possibles à travers leurs expériences cognitives que nous faisons nôtre philosophiquement par le biais du langage ou plus prosaïquement par la domestication et l’utilisation. C’est ainsi que « fort comme un bœuf » est une expression qui fait sens, tout comme l’utilisation réelle de l’animal qui a permis l’agriculture.

L’animal est au cœur de la culture. Je reprends Marchesini et Tonutti dans leur présentation de la
zooanthropologie, pour étayer mon propos, quand ils disent que « la recherche éthologique souligne une vocation typique de notre espèce à observer les animaux, c’est-à-dire à les considérer comme des interlocuteurs privilégiés dans le processus de connaissance. D’autre part (…), l’homme semble manifester une vive propension à étendre la communauté de partage de l’assistance parentale, à constituer en quelque sorte des « familles élargies » incluant d’autres espèces. En famille comme chacun sait, on ne se contente pas de cohabiter : on crée un champ d’interactions profondes, d’analogies réciproques qui vont du comportement à la définition du style et des préférences. En famille, donc, on s’influence mutuellement, et tout porte à croire que ce phénomène se soit également produit entre l’homme et les animaux domestiques. (…) Le système complexe de relations instaurées avec l’animal modifie si profondément les deux partenaires que d’un point de vue culturel, on peut à juste titre parler d’un processus d’hybridation. (…)

Le phénomène d’ « hybridation » culturelle marque l’insuffisance de l’homme : privé de la prestation/projection qu’il tire d’une alliance avec l’animal, l’homme se sent impartfait, nu, incomplet. D’où l’idée de culture « animale » : une constatation véridique, mais improductive si elle ne s’inscrit pas dans une perspective zooanthropologique. L’association avec l’animal assoit ce processus se présentant donc à la fois comme une expropriation des qualités animales et comme un transfert des fonctions dans un cadre qui n’est plus exclusivement humain. Quand le chien entre dans la communauté des hommes, son odorat qui lui permet de chasser et de surveiller permet d’autant à l’homme à survivre dans le milieu qui aurait été plus hostile s’il n’avait pas domestiqué d’espèces animales.

La zooanthropologie tient par conséquent compte d’une nouvelle entité : la relation homme/animal, formidable moteur de la culture humaine, dans chacune de ses composantes (aversion, alliance, comparaison, opposition). Selon ce courant de pensée, l’altérité animale ne se contente pas de remplir notre palette culturelle de ses couleurs, en permettant à notre espèce de réaliser cette magnifique peinture applée le savoir, mais elle suscite avant tout chez l’homme le besoin de donner naissance à cette œuvre d’art elle-même. Il s’agit d’une véritable révolution dans la façon d’interpréter le rapport  homme/animal, car elle dément l’idée même d’autosuffisance de l’homme et souligne le rôle actif de l’animal dans son existence et son patrimoine culturel.»

 

L’homme a domestiqué différentes espèces animales, et au travers de cette domestication il a entrepris de dominer la nature. Les qualités qui lui manquaient il a su les trouver chez les animaux. Pour reprendre mon exemple de tout à l’heure concernant le bœuf, il a su mettre à profit la force de cet animal pour labourer ses champs, et augmenter les rendements de son agriculture.

Cette utilisation de l’animal pour ses vertus intrinsèques à modifié jusque dans la chair ces animaux domestiqués qui ont vu leurs gènes perdre certains de leur allèles, devenant en cela intimement différents de leur frères sauvages. Concernant l’animal qu
i nous intéresse, le chien, la variété des possibilités semble quasi infinie. Nous avons actuellement de par le monde plus de 400 races répertoriées. Du chihuahua au mâtin espagnol, en passant par le whippet et le bouledogue anglais, l’homme semble s’être ingénié à trouver le plus de formes possibles à son loup domestique !

Le chien est répandu partout sur la planète, et il est certainement utilisé dans tous les idiomes pour illustrer une vertu ou un défaut. Il n’y a qu’à voir en français le nombre d’expressions ou de proverbes qui utilisent son image :
⦁ malade comme un chien
⦁ un temps à ne pas mettre un chien dehors
⦁ une femme qui a du chien
⦁ chiennerie de vie
⦁ fidèle comme un bon chien
⦁ espèce de chien galeux
⦁ bon chien chasse de race
⦁ les chiens aboient, la caravane passe
⦁ quand on veut noyer son chien on dit qu’il a la rage
etc…

L’animal nous a permis de créer et de construire nos cultures, qui différentes les unes des autres, s’y réfèrent en des symboliques différentes et variées. Pourquoi donc l’homme semble-t-il trouver si infamant sa parenté biologique et son éventuelle appartenance à la même communauté morale, avec les animaux, alors même qu’ils sont le fondement de nos systèmes de valeurs ? Pensez au Zodiaques,  l’occidental et ses animaux réels ou fabuleux, le chinois uniquement animal. Pensez encore aux animaux Totems d’Amérique du Nord. A toutes les mythologies et cosmogonies à travers le monde qui utilisent les animaux. Il n’y a pas une seule culture au monde qui ne soit sémantiquement imbriquée aux animaux. Pas une seule !« L ‘animal n’est donc jamais un référent neutre, mais au contraire un élément fondamental dans la construction de valeurs et de connaissances de la culture humaine, au point que l’on peut établir une correspondance très étroite entre les deux sphères de l’humain et du non humain. Considérer l’animal équivaut, par osmose directe, à considérer l’homme, dans un jeu de reflets tantôt antinomiques, tantôt analogiques. L’animal est le sel de notre humanité, cet ingrédient qui nous met en communication directe avec le monde en rendant ainsi la connaissance possible. »<[5]

C) Les différents types de rapport homme/animal

J’utilise encore Marchesini et Tonutti pour leur typologie de ces rapports qui me semble exhaustive. J’ai essayé de vous trouver des exemples pour chacun.

Anthropomorphisme : tendance à discerner che
z l’animal des caractéristiques humaines, et donc à lui attribuer des besoins et des désirs qui ne tiennent aucun compte des caractéristiques de son espèce, en l’utilisant également comme substitut d’autre référents. Qui n’a pas en mémoire un « moi mon chien il mange comme son papa (sa maman) » ? Terrible pour la santé du chien !

 

 

 

 

Réification : tendance à considérer l’animal comme une chose et à l’affecter à un emploi instrumental, de la même manière qu’une machine, un produit, un robot ou un ordinateur, en assimilant souvent la race à une marque ou un modèle. Je pense ici à la mode des pit bulls dans les banlieues, assortis de manière effrayante à la casquette et aux baskets de la bonne marque. Ainsi qu’à certains chasseurs qui n’hésitent pas à abattre leurs propres chiens s’ils ne donnen
t pas satisfaction à la chasse. Ou encore aux assertions péremptoires de nombreux « dresseurs » sur telle ou telle vertu d’une race ou d’une autre : « les bergers allemands sont bons au mordant, les malinois à l’obéissance … les dober
manns à rien du tout et d’abord c’est pas des vrais chiens ! » dixit un président de club d’utilisation de ma connaissance…

Zoopoïèse : négation de l’identité animale, qui consiste à remplacer les caractéristiques d’une espèce, dans sa diversité anatomique, fonctionnelle et éthologique, par un modèle prédéfini (stéréotype animal).

L’exemple hélas trop d’actualité que je vous ai trouvé est celui de ces labradors, ou chiens de type labrador, qui finissent à la SPA car « vraiment pour un chien d’aveugle, il est vraiment nul ! Et tellement remuant… » Faites comme moi, posez au maître cette simple question et frémissez de sa réponse : « Vous savez que le labrador est un chien de chasse qui généralement, et sauf exception, a besoin de courir toute la journée ?… Ah bon ? Non pas du tout … en fait moi je croyais que c’était un chien très calme… vous savez le chien des présidents… ils sont toujours si calmes sur les photos… ». La zoopoïèse peut avoir une autre acception, celle de création d’animaux fabuleux tels les licornes, dragons, gremlins, phénix et autres léviathan, mais aussi les harpies, les centaures, les sirènes, la manticore, le sphinx, ou encore le griffon, le basilic, l’hydre, cerbère, etc.

Zooapathie : totale indifférence à l’égard du monde animal, caractérisée par un désintérêt, un manque d’attention pour tout ce qui n’est pas humain, avec une inaptitude à tirer le moindre enseignement du monde animal. Ce sont ces personnes qui vous regardent avec commisération vous occuper de vos animaux en vous disant d’un air dégoûté : « mais quel esclavage… tu pourrais tellement faire de choses si tu ne les avais pas… en plus ils ne te servent à rien ! Vraiment je ne te comprends pas !». Généralement je me dis que nous ne vivons certainement pas dans le même monde…

Zoointolérance : refus/intolérance de la présence animale, associée à l’idée de menace, de souillure, d’horreur, de gêne, de dégoût vis-àvis de tout ce qui est animal, avec une éventuelle aversion pour la réalité organique. Qui n’a jamais entendu ces mères affolées hurler à leur bambins du coup totalement terrorisés «  Arrête ! Ne touche pas ce chien, c’est sale les chiens ! Et puis il peut te mordre en plus ! Viens, on s’en va ! ». Dans ces cas-là je me dis que la mère en question devrait plutôt s’occuper de ne pas se faire mordre par moi, tellement elle m’énerve !

Zoophobie : peur de l’altérité animale, qui se traduit par un état de vigilance extrême en présence d’un animal et/ou la manifestation de cauchemars nocturnes dominés par les animaux. Là, clairement, je vous le dit tout net : je n’ai pas d’exemple car je ne sais pas vivre avec des gens comme ça…

Zooempathie : tolérance/acceptation de la présence animale, concept de l’animal-compagnon, ouverture à l’égard de la diversité animale, tendance à considérer l’animal dans son altérité. C’est typiquement la bonne relation à avoir avec les animaux, heureusement de nombreuses personnes entretiennent ce type de rapport avec leur animal.

Zoomanie : exaspération du rapport avec l’animal, tendance à utiliser l’animal co
mme un ersatz (substitut d’autres référents éducatifs ou affectifs) ou une compensation de certaines difficultés personnelles (peur de son prochain, problème de communication, agoraphobie). « Plus je connais les gens, plus j’aime mon chien… viens mon bébé sur maman prendre ton susucre ! »

Zoomimétisme : l’art d’imiter l’animal dans son aspect extérieur ou son comportement. Cela se retrouve dans toutes les cultures et traduit le désir d’acquérir les qualités et les performances des autres espèces. Est-ce vraiment là que je dois placer la Parisienne chic au manteau assorti à celui de son yorkshire ?

Déviances zooanthropologiques : désir de soumettre l’animal, exaltation du rôle de prédateur à l’égard du monde animal, de la domination (parfois d’ordre sexuel=zoorastie), par des actes de sadismes. Je pense à ces personnes que l’on voit promener leur chien dans la rue (c’est souvent un berger allemand) un bâton à la main et qui n’hésitent pas à en frapper l’animal à la moindre incartade ou mouvement supposé tel.

D)Tradition culturelle et animal

En tous les cas ces types de rapports sont à rapprocher des traditions culturelles et des principes religieux des différentes sociétés. Passons donc en revue celles qui nous sont les plus proches, soit parce qu’elles nous ont influencées, pour les plus anciennes, soit parce qu’elles nous sont voisines et à ce titre influencent donc la société actuelle. Avant de passer en revue ces différentes cultures qui nous sont proches, il est bon de souligner le rapport entre le chien et la mort au sein de beaucoup d’autres plus éloignées que je ne détaillerais pas ici. Dans les cultures précolombiennes les chiens sont souvent sacrifiés pour escorter et guider l’âme du défunt. Ce rôle de psychopompe est repris ailleurs dans la culture égyptienne ancienne notamment.
On notera, au sein des tribus d’Iroquois du sud du lac Ontario, le rôle de « bouc émissaire » stricto sensu tenu par un chien blanc. Son sacrifice à la fin Janvier lors de la fête de Midwinter est paré de vertus régénératrices censées offrir une année paisible et des récoltes abondantes[6], le chien intercédant auprès des esprits je suppose.

 

 

Le thème du chien et de l’enfer est repris un peu partout aussi ; on le retrouve avec le chien noir des sorcières dans notre moyen-âge européen, ou le Cerbère grec, redoutable gardien des enfers. Plus loin de nous les chinois désignent l’enfer par un idéogramme qui contient un élément signifiant la parole, placé entre deux éléments signifiant « chien ». Faut-il voir d’ailleurs un lien entre le développement depuis un bon millénaire de la notion d’enfer et du caractère qui le désigne[7], et la chute vertigineuse de la position et de l’image du chien dans la société chinoise qui le voit comme un animal méprisable juste bon à être mangé ? Je n’ai pas de réponse à cette question, elle m’interpelle simplement.

⦁ Animaux et chiens dans les traditions judéo-chrétiennes

La Bible trace une frontière nette, stricte et infranchissable entre l’homme et l’animal. Si vous ne me croyez pas allez demander à un Mormon de Salt Lake City si sa conception du monde englobe notre parenté commune avec le chimpanzé… je doute qu’il vous réponde par l’affirmative !

Que nous dit exactement la Bible à ce sujet ? Deux versets fondamentaux se trouvent dans le livre de la Génèse :
⦁ I,26 :Dieu dit :  « Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. »
⦁ IX,1-3 :Dieu bénit Noé et ses fils et il leur dit : « soyez féconds, multipliez, emplissez la terre. Soyez la crainte et l’effroi de tous les animaux de la terre et de tous les oiseaux du ciel, comme de tout ce dont la terre fourmille et de tous les poissons de la mer : ils sont livrés entre vos mains. Tout ce qui se meut et possède la vie vous servira de nourriture, je vous donne tout cela au même titre que la verdure des plantes.
Tout un programme !
La création du monde est contée selon deux manières.
Le Chroniqueur explique que Dieu crée toute chose AVANT l’homme, ce dernier étant le couronnement de la création. N’étant pas sorti de terre ou de mer mais fait à la ressemblance de Dieu, à ce titre il s’impose sur tout et les animaux ne comptent en aucune manière. Le Iahviste, en revanche explique que l’homme arrive sur terre alors qu’elle est encore vide et que la nature et les animaux sont créés pour être une « aide qui soit semblable à lui ». La différence entre l’homme et l’animal est alors ici moins marquée.
Saint Augustin se compte parmi ceux qui accentuent la différence. On peut lire dans un écrit anti-manichéen : « Nous n’avons pas de société juridique (juris societas) avec les animaux et les arbres ».
Saint Thomas s’inspire quant à lui plus du Iahviste dans son analyse puisqu’il explique que la bonté envers les animaux prépare à la charité envers les hommes. Les animaux sont ainsi protégés mais pas par leur valeur intrinsèque d’être sensible, mais plutôt par leur statut de créature de Dieu dont on ne doit pas offenser le Créateur par un usage abusif…

On voit donc que la position de la Bible est claire à ce sujet, l’homme et l’animal n’ont rien à voir l’un avec l’autre ; le premier est maître du second qui n’est que sujet. Cela se retrouvera tout au long des siècles, dans cette dichotomie chrétienne entre le corps qui est notre part animale, et l’esprit, l’âme, qui sont notre part divine. Que l’on adhère au concept ou pas, toute notre civilisation est basée sur cette différenciation. Marchesini et Tonutti l’expliquent fort bien dans leur ouvrage « Animaux et Magie » quand ils écrivent : « Dans cette optique de forte opposition entre le monde terrestre et le monde spirituel, l’animal devient le symbole par antonomase[8]  de toutes les caractéristiques – hédonistes, sensuelles, corporelles – qui empêchent l’élévation spirituelle. Dans les religions monothéistes, la bête ténébreuse s’oppose au dieu lumineux : l’homme doit considérer l’animal  comme une sorte de miroir obscur, réceptacle de toute ignominie, déviation et souillure. »

Il suffit de penser aux représentations du diable, qui se manifeste pour ainsi dire toujours au travers d’attributs relevant de la sphère animale : fourrure noire et pieds de bouc, cornes et dents pointues, etc. Dans la tradition chrétienne le corps est nié au profit de l’esprit. L’animal est nié au profit de l’idée que l’on s’en fait…
Le chien possède dans la représentation chrétienne une image ambivalente. D’un côté le Judaïsme et le Christianisme font principalement appel à la métaphore de l’agneau ; agneau qui forme le troupeau innocent de dieu, gardé par le bon chien de berger.

Dans cette iconographie le chien est alors opposé au loup qui incarne la sauvagerie et l’imprévisibilité animale brute, tandis que le premier est le vecteur des vertus d’obéissance, de courage, et d’abnégation, vertus fort prisées des religions. D’un autre côté les chiens noirs sont associés à la sorcellerie. Les chiennes ont des chaleurs très visibles, l’inceste et la polygamie sont possibles entre les chiens, de même que la coprophagie et la scatophilie (comportement du chien qui se roule dans des excréments de préférence APRES avoir pris son bain au grand désespoir de ses propriétaires !). Toutes choses qui en font un animal pas toujours recommandable, car tellement animal… On retrouve aussi cet aspect négatif dans le vocabulaire, dans le mot « cynique » qui veut dire semblable au chien, qui vient du grec kuôn, « chien », et qui désigne un comportement dédaignant les valeurs humaines.
Dans le statut du chien on retrouve bien la dichotomie sévère entre le corps (c’est mal) et l’esprit (c’est bien). Marchesini et Tonutti rapportent cependant un cas, plus tardif dans l’Histoire, où le chien est à l’honneur de bout en bout :« On relève un cas de dévotion exemplaire à l’égard du chien en sa qualité de guérisseur dans la France des 11ème, 12ème, et 13ème siècles avec dans la région de Lyon, le développement du culte du « lévrier saint », plus connu sous le nom de saint Guinifort.

La légende raconte qu’un énorme serpent s’étant approché du berceau du fils d’un noble, un lévrier sauva ce dernier d’une mort certaine. Mais sa courageuse action fut mal interprétée et l’homme tua injustement le chien. La malédiction divine s’abattit alors sur le château, qui fut très vite abandonné. Les paysans commencèrent à se rendre là où le chien martyr avait été enseveli pour le vénérer, en lui attribuant des vertus thaumaturgiques. Pour déraciner cette superstition et plier les paysans à ses enseignements, l’inquisiteur Stéphane de Bourbon fit abattre les arbres des environs, incendier tout ce qui se trouvait à cet endroit et déterrer le chien. Mais la croyance résista : le culte du lévrier saint réapparut vers le 17ème siècle. »

⦁ Le chien dans les autres traditions
Le chien a traditionnellement deux facettes, le côté obscur, que l’on retrouve chez les chrétiens dans le symbolisme du chien noir attaché au démon ainsi que dans de nombreuses autres traditions en tant que psychopompe[9] ; et le côté lumineux comme guérisseur (voir paragraphe précédent le culte du lévrier saint).

a)L’ancienne Egypte

On a bien souvenance que les anciens Egyptiens avaient une ville qui s’appelait Cynopolis et que le dieu des morts, Anubis, avait une tête de chien-chacal. L’état de psychopompe du chien lui donnait droit à du respect, il en a été retrouvé de nombreuses momies. Ils avaient commencé à sélectionner différents types de chiens en vue de différentes utilisations dont voilà une illustration[10] ci-dessous :

b) La Grèce antique

Ici le chien n’est pas psychopompe mais gardien des enfers aux portes d’Hadès, c’est le célèbre terrible Cerbère à trois têtes. Laissons Dante nous l’évoquer :
« Cerbère, bête étrange et cruelle
Hurle avec trois gueules comme un chien
Sur les morts qui sont là submergés.
Ses yeux sont rouges, sa barbe noire et grasse,
Son ventre large, ses mains onglées ;
Il griffe les esprits, les écorche et dépèce »[11]

La « famille » de Cerbère n’est pas triste non plus, jugez en vous-même, sa mère Echidna (un monstre à corps de femme et queue de serpent) l’a eu avec Typhon (son père donc) un monstre haut en couleur moitié homme, moitié bête, avec des ailes, des têtes de dragon à la place des doigts, des vipères autour de la taille et des chevilles. Et pour la petite histoire sachez qu’Echidna donna le jour au Sphinx (tête d’homme, ailes d’oiseau, corps de lion) suite à une relation incestueuse avec son fils Orthrus, un chien monstrueux !
Hécate qui est une divinité infernale apparaît parfois sous les traits d’un chien. Par contre une divinité beaucoup plus sympathique Asclépios, dieu de la médecine, qui fut mis au monde clandestinement et abandonné sur une montagne, fut sauvé par un chien. Ce qui fait que les grecs anciens prêtaient des vertus de guérisseur à cet animal. Le chien « terrible » et le chien « gentil » se retrouvent d’ailleurs dans le chien de garde massif et impressionnant qui vit à l’extérieur de ma maison qu’il garde, et dans le petit chien de compagnie que l’on choie. Et dont voici ci-dessous une illustration[12] :

c) Rome

En reprenant pour le compte de son propre panthéon celui des grecs, les romains vont hériter du culte du dieu de la médecine Asclépios (entre autres) dont le nom sera latinisé en Esculape, et ils vont se mettre à élever des chiens au sein de son temple, le coup de langue de ces animaux étant réputé bénéfique pour les blessures.

d) La tradition Musulmane
« La différence de nature entre homme et animal est beaucoup moins affirmée en islam que dans le christianisme ; l’insistance est mise sur la communauté de la Création face à son Créateur. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette fraternité plus grande de l’homme et la bête [que dans la religion chrétienne] : le patrimoine bédouin de l’islam classique ; les héritages orientaux –boubbhistes et hindouistes notamment- qui, en Asie centrale ou dans le monde indo-persan, ont pu léguer des acquis ; l’absence d’incarnation en islam (Dieu ne s’est pas fait homme, Dieu est radicalement autre) rapproche l’homme et l’animal rassemblés dans une condition commune. A cette lumière, les animaux impurs eux-mêmes sont éclairés d’une grâce nouvelle. C’est pourquoi il n’est pas rare de rencontrer des chiens dans l’hagiographie musulmane.[13] »

Pourtant aujourd’hui dans les pays de confession musulmane la zoointolérance est très répandue. Elle s’exerce à l’égard évidemment des porcs explicitement mentionnés dans le Coran, mais aussi des chiens (sauf pour les lévriers qui assimilés à l’art de la chasse en sont anoblis), et des animaux chtoniens c’est à dire vivants sous terre. Le chien est considéré comme impur, surtout par les personnes ayant fait le pèlerinage à la Mecque. Cependant il est écrit que le Prophète a dit que l’homme qui donne à boire au chien assoiffé est assuré de la grâce divine :
« Un homme qui était sur une route, étant éprouvé par une soif très vive, descendit dans un puits et y but. Quand il remonta, il vit un chien haletant de soif, qui mâchait de la terre [humide]. »cet animal se dit l’homme, souffre de la soif autant que j’en souffrais moi-même. » Alors descendant dans le puits, il remplit sa bottine d’eau et, la saisissant avec les dents, il remonta hors du puits et donna à boire au chien. Dieu lui sut gré de son acte et lui accorda le pardon de ses fautes.[14] »

La notion d’impureté du chien est autant liée à l’hygiène de l’animal, qui va se lécher les parties intimes et faire preuve de scatophilie à l’occasion en se roulant dans des excréments et/ou en les mangeant, qu’à son mode de reproduction, avec des chaleurs très apparentes chez la chienne et la pratique dans certaines circonstances de l’inceste, ou encore à son alimentation qui peut faire de lui un charognard.

-II-
Utilité du chien

A) Le point de vue physiologique

M. Vuillemenot[15]de l’AFIRAC nous parle de « bénéfices tous azimuts » pour la santé concernant le fait de posséder ou caresser un animal familier. Voici les diverses études qu’il relève: Katcher, Friedmann, Thomas, (1983) ont démontré que caresser un animal familier réduit de façon significative la pression artérielle, la température de la peau et la fréquence cardiaque ; Anderson, Reid et Jemmings (1992) ont montré que statistiquement le taux de triglycérides et de cholestérol est moins élevé chez le possesseur d’animaux familiers.

Bergler (1992) : la compagnie d’un chien permet de surmonter des évènements difficiles tels que divorce, décès, lourde maladie et de réduire le stress lié au rythme et au mode de vie contemporain. Corson (1981) : les chiens placés dans des institutions gériatriques agissent sur les pensionnaires comme des « catalyseurs de relations sociales ». Einis, Grinstein, Stavitski et Ross (1995) : l’animal structurant facilite la maturation psychoaffective et psycho-motrice des adolescents : il canalise et contient l’agressivité. J’en ai relevé d’autres, que je vous liste en suivant : Erika Friedmann (1995) université de Pennsylvanie : les propriétaires d’animaux domestiques hospitalisés pour des affections cardiaques _ infarctus compris_  jouissaient un an plus tard d’un taux de survie supérieur aux membres du groupe ne possédant pas de compagnons à quatre pattes. Hart (1995) et Dossey (1997) démontrent eux aussi la baisse de tension artérielle. Lynch et McCarthy (1969) bien plus tôt avaient noté la baisse du rythme cardiaque des animaux lorsqu’ils sont aimés et choyés. James Serpell (1991) la possession d’un animal réduit de moitié les problèmes mineurs de santé tels que maux de tête, rhumes, grippes. Indéniablement la possession d’un chien aide la personne qui le détient à mieux vivre, ne serait-ce que parce qu’un chien se promène trois fois par jour minimum.

Les personnes âgées qui ont tendance à s’isoler et se sédentariser à outrance sortent ainsi de chez elles. La marche régulière empêche leurs os de se déminéraliser et contribue à les protéger de la fracture du col du fémur. Elles ont un compagnon à qui parler si elles sont seules, qui va les inciter à bouger et rester active, ce qui est très important plus on avance en âge.

B) le lien avec la nature

Le citadin contemporain est bien souvent avide de naturel et de nature, car vivre entre le béton, le bitume et dans les gaz d’échappements n’est pas franchement une sinécure. Pour ce quidam avoir un chien c’est avoir un bout de nature chez soi… Mais de quelle nature s’agit-il exactement ?

a) la Nature ? Mais quelle nature ?
Un peu plus haut je vous ai parlé de culture. Cette culture à laquelle nous avons eu accès par le biais de la domestication des animaux. Je ne me suis pas trop étendue sur le phénomène de domestication. Il ne faut pas confondre apprivoiser et domestiquer. « Un animal apprivoisé, c’est-à-dire familiarisé par l’homme, peut ne pas être domestiqué dans la mesure où il ne fait l’objet d’aucune sélection par l’homme. Car la domestication, c’est justement l’état d’un animal qui ne vit et se reproduit que sous le contrôle de l’homme[16] ». Ce phénomène touche à l’intimité des cellules de l’animal puisqu’il change son ADN. Dans le cas du chien par exemple quand on laisse une population de chien de races diverses se croiser entre eux on obtient au bout de quelques générations un chien de taille moyenne, avec la queue recourbée sur le dos, les oreilles droites et un poil brun jaunâtre. Je vous ai tracé là le portrait-robot du dingo qui est une population de chien retourné à l’état sauvage.

Ce qui est intéressant c’est que les gènes du loup qui ont été modifiés pour obtenir le chien, ont perdu des allèles qu’ils ne retrouveront jamais. Le génome du chien est un génome de loup appauvri. Certains peuvent penser le contraire arguant les centaines de races de chiens qui courent le monde. Mais justement cette diversité de formes, de couleurs, et de textures de poils, sont issues uniquement du génome du loup. Comme aurait pu le dire le Pr Queinnec, en utilisant la sélection et la consanguinité sur le loup pour obtenir les chiens on ne crée rien, on ne fait que révéler ce qui existe.

Permettez-moi ici une légère digression pour vous faire remarquer qu’en France, pays qui par tradition abhorre le loup, nous en élevons plus de trois cent cinquante avatars ! Ce petit aparté me permet finalement de revenir à mon sujet qui concerne l’aspect « naturel » de la condition canine. Ce naturel est un fantasme. Comme je le dis, généralement en hurlant, quand on me parle de « laisser faire la nature » concernant le chien, de quelle nature parle-t-on ? De qui se moque-t-on ? Cela fait 12 000 ans au bas mot que pour le chien la nature c’est de l’histoire ancienne ! Nous en avons fait un commensal, modifié jusque dans ses gènes pour nous plaire, et nous voudrions refuser cette responsabilité ? Au nom de la Nature ? Quel cynisme !

Dans le Petit Prince, Saint Exupéry, le clame haut et fort par la bouche du petit renard: « tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé ». C’est une vérité que nombre de possesseurs de chiens devraient avoir en permanence à l’esprit.

b) le lien avec l’altérité
Si je récuse une certaine idée de « nature » concernant le chien il n’en reste pas moins vrai que sa compagnie s’apparente plus à la nature, que la compagnie d’un jeu vidéo ! Avec le chien comme compagnon quotidien, on accède à une forme de nature maîtrisée dans sa forme.

Un labrador n’est pas un loup ! Cependant leur monde mental n’est pas le nôtre et à travers cette différence nous avons accès à la variété du vivant.

Cette communication interespèces nous permet de recréer des liens fondamentaux, d’aller « gratouiller » dans les recoins de notre cerveau mammalien pour y retrouver cette synergie avec la Nature qui était nôtre lors de notre passé d’hominidé. Le chien s’adresse à notre animalité par le biais de la communication non verbale. Tout propriétaire un peu attentif le dira : « un geste suffit, c’est un dialogue sans parole. Parfois quand je suis triste mon chien le sent et il vient me consoler sans que je n’ai besoin de rien lui dire ! Il n’y a que lui qui me comprenne comme cela. »

L’humain a fait de la parole le centre de son monde d’échange ; avec le chien, il réapprend que communiquer cela peut être aussi autre chose. Voir un animal évoluer dans une maison c’est y laisser rentrer _ tout en la maîtrisant une fois encore _ une part d’imprévu et d’imaginaire. Qui n’a vu cette publicité où le tigre évoluant dans la jungle est en fait un chat slalomant entre des plantes vertes en pots ?
L’animal ne prévient ni n’explique par des mots ce qu’il va faire. Avec lui l’interaction est brute, à prendre telle quelle et à traiter dans l’immédiateté. C’est là un véritable lien avec une Nature primordiale où l’homme se devait de décrypter ses alentours pour y survivre. Le contact avec un chien fait appel à cette communication primale pétrie d’authenticité, j’y reviendrai plus tard.

 

c) Chien et cerveau reptilien

Le lien avec la nature s’exerce aussi par un biais nettement plus profond qui fait appel à notre cerveau reptilien, je veux parler ici du monde des odeurs. Savez-vous que le chien qui vient renifler avec intérêt vos pieds quand ils ne sentent pas la rose, vit un grand moment sensuel, la molécule d’odeur plantaire oxydée lui rappelant l’odeur phéromonale d’une femelle en chasse. Certes vous vivez vous même simultanément un grand moment de solitude… qui se reproduit lorsque votre chien enivré par l’odeur d’une charogne s’y roule avec délice !

Mais parallèlement à cela, ne vous êtes-vous jamais promené dans un sous-bois en observant votre chien humer l’air, et tout en le regardant faire, vous mettre instinctivement vous aussi à humer ce mélange d’odeurs riches et variées ? Le chien nous rappelle constamment que la vie n’est pas aseptisée. Tout propriétaire consciencieux peut en témoigner lorsqu’il faut ramasser les crottes du petit protégé… Qu’on le veuille ou non le chien nous ramène à un monde d’odeur. Le chien peut avoir une odeur corporelle forte, il peut générer par ses déjections des odeurs fortes, il passe son temps à renifler et sentir tout ce qui passe à sa portée. Le monde du chien est olfactif, phéromonal.

Sa présence à nos côtés nous implique (parfois à notre corps défendant… repensez à la charogne de tout à l’heure !) directement dans un monde d’odeur. Et l’odeur fait appel à un sens très particulier. Une odeur nous prend, nous ne maîtrisons rien. Nous avons maîtrisé le chien dans presque tous ses aspects sauf celui-là. Et le plus drôle c’est que c’est celui devant lequel nous somme le plus démunis ! Notre odorat ne nous obéit pas, c’est l’inverse qui se produit.

d) L’aspect communication
Cette relation que nous entretenons avec le chien se fait à plusieurs niveaux. Elle est parfois même surprenante par son ampleur où sa manière de se manifester. Le chien, un super lubrifiant social !
Faites l’expérience vous-même, promenez-vous avec un chiot dans les bras ou même en laisse à vos pieds. Spontanément une multitude de personnes va vous aborder pour vous parler de votre petite bête. Un échange se crée souvent sur le modèle suivant :
⦁ Compliments
⦁ questions sur l’appartenance à une race
⦁ réminiscences de souvenirs
⦁ échange d’anecdotes
⦁ généralisation au modèle humain

L’échange aura généralement donné lieu à de nombreux sourires, et même parfois matière à rire, ou à s’émouvoir. Les personnes auront passé un bon moment et généralement le chiot aussi qui aura été caressé et au centre de l’attention. Souvent le maître ressort de ces échanges avec un renforcement de l’image valorisante qu’il a de son chien.

Dans un autre ordre d’idée de plus en plus de maisons de retraites mettent en place des programmes de visites de chiens qui viennent passer un moment avec les résidents leurs apportant chaleur et réconfort. Certaines ont même adopté des chiens au titre de mascotte de l’établissement. Ces chiens deviennent alors un ciment social permettant de créer de nouveaux sujets de conversation, une animation, en somme de recréer une ébauche de vie sociale. On s’inquiète du chien. Où est-il ? Que fait-il ? Est-ce que Mme Machin ne lui as pas encore trop donner à manger ? Et M Truc, il faut absolument lui dire de ne pas aller trop loin quand il le promène… ce chien va finir par être épuisé ! Pour des personnes prises en charge quasiment à 100% car bien souvent dépendantes voire très malades, cela permet d’inverser le processus d’infantilisation, en récupérant des responsabilités. Cela motive ces personnes en fin de vie, parfois abandonnées de leur famille qui n’ont plus grand-chose à faire de leurs jours que ressasser leurs souvenirs. Avec un chien les personnes âgées recommencent à s’intéresser à l’immédiateté et à ne plus se refermer sur elles-mêmes.

Le chien comme vecteur d’amour inconditionnel
Pour vous illustrer mon propos je vais vous raconter une anecdote personnelle. Pour le Noël 2000, ma mère avait organisé un repas de famille. Un de mes oncles, professeur d’université, était présent. Cela faisait presque un an que je ne l’avais pas vu. Au bout de dix minutes que nous étions en présence l’un de l’autre, il me lance tout à trac que j’ai grossi, faisant gonfler ses joues pour bien souligner son propos. Ayant des miroirs chez moi je dois avouer que je m’en étais un petit peu aperçue ! Je ne réponds rien devant tant d’évidence qu’un « eh oui » plat avant d’enchaîner sur un autre sujet. Deux heures plus tard nous sommes à table et le repas est bien entamé quand la conversation s’oriente sur les chiens. Au bout d’un moment mon oncle me lance un condescendant et outré « …mais ne me dis pas quand même que tu préfères les chiens aux humains ! ». Je me suis alors fait un immense plaisir de lui rétorquer qu’aucun de mes chiens n’aurait songé à me bouder si nous ne nous étions pas vu depuis longtemps sous le prétexte que j’avais grossi. Tout à la joie de me revoir il m’aurait simplement fait fête car lui m’aime pour ce que je suis et non pour ce que j’ai ou ce que je parais. Mon oncle a dû en convenir, s’excusant même de sa remarque désobligeante. Cette anecdote prend toute sa saveur quand on sait qu’il est prof de … communication !

Dans la religion Hindoue il est dit que tout est « maya », c’est à dire vide et illusion, et que la seule chose qui compte c’est ce que nous sommes et ce que nous faisons et non pas ce que nous avons. Sage chien qui sait tout cela sans avoir besoin d’explication millénaires !
Marchesini et Tonutti (encore eux [17]) en disent la chose suivante : « On demande généralement à l’animal domestique d’assumer des fonctions typiquement humaine : celle d’un partenaire, d’un ami ou d’un enfant. L’animal devient un ersatz de ces figures, en renforçant chez le maître ses pulsions autoréférentielles : avec un chien ou un chat, on ne se remet pas en question, on reste au cœur de son attention, on ne compare pas sa situation, on ne court pas le risque d’être abandonné, trahi, contredit, appelé à vérifier la légitimité de sa condition, la responsabilité inhérente aux actions que l’on entreprend. En d’autres termes, l’animal domestique utilisé à titre de remplacement garantit presque toujours la permanence d’attitudes infantiles, ou du moins empreintes d’une profonde immaturité dans la structuration personnelle des rapports affectifs et sociaux.»
Je m’inscris en faux vis à vis de ce point de vue qui me semble par trop réducteur. Certes la communication interespèces est tronquée par rapport à une communication intra-espèce. Et pour cause puisque les canaux de communication sont différents.
Pour prendre le cas du chien, il est clair que l’échange ne se passe pas au niveau de la sphère verbale, mais à un niveau plus profond. Au niveau de l’affect pur. Le chien aime son ami humain qui le lui rend bien. Pas de mensonge possible puisque pas de mots. Pas de jugement, ni de critique. Pas de trahison. On reçoit ce que l’on donne et même au-delà. L’échange est simple, facile, sécurisant, sans risque affectif.

Et cette certitude que quoi qu’il arrive on sera aimé, permet de tenter l’aventure sociale. Vous pouvez prendre socialement parlant des risques, ce n’est pas bien grave si vous essuyez un rejet ou une rebuffade puisque vous savez que quoi qu’il arrive une fois chez vous vous aurez un contact uniquement positif avec un individu qui n’appartient pas à la même espèce que vous mais qui malgré cette différence sait vous aimer sans conditions. Quoi qu’il en soit de votre vie vous êtes une personne bien et digne d’être aimée puisque on vous aime, sans faux semblant et sans mensonge, uniquement pour ce que vous êtes.
Dans une société de plus en plus conditionnelle, où le statut de l’individu passe par son image. Où ce même individu n’est jaugé qu’à l’aune de ce qu’il possède, c’est très rassurant d’avoir un être vivant à côté de soi qui ne vous juge pas. Prenons l’exemple édifiant des personnes qui ont matériellement tout perdu et qui vivent dans la rue.

Il y a trente ans la société les appelait des clochards. Puis au fil des années un glissement sémantique s’est effectué et nous en sommes arrivés aux « sans domicile fixe », pour finalement un jour se retrouver avec des « SDF ». Analysons le processus d’un peu plus près. « Clochard » c’était un état, certains le revendiquaient même comme un choix, celui de ne pas vivre dans la société. Avec les années 80, les années fric, le début des golden boys et des wonder women, les années où posséder est devenu la vertu essentielle, la personne qui vit dans la rue est devenue la personne qui n’a plus rien. Et sémantiquement à ce moment-là, sans fanfare ni flonflons nous passons d’ « être » à « avoir ». On n’est plus quelque chose mais on n’a pas quelque chose. Les années passent encore et ces gens qui n’ont plus rien, symbole de la faillite de cette société où « avoir » est la seule chose qui compte, et qui sont de plus en plus nombreux, donc qui gênent, la société va les dématérialiser en quelque sorte en les « siglant ». Ils seront des SDF. C’est un vocable propre, net, rassurant, ça classe sans déranger. On a le SMIC, le RDS, la CSG, l’ISF… nous gérons des sigles toute la journée. Les SDF n’en deviennent qu’un de plus.

Tout va bien dans le meilleur des monde lorsque l’on est du bon côté de la barrière, mais qu’en est-il de ces personnes qui n’ont plus rien et qui sont dans la rue ? Ces gens-là sont niés dans leur essence même. Alors bien souvent ils prennent un chien voire plusieurs. La raison en est simple. De prime abord on peut raisonnablement penser que c’est pour se défendre car la vie dans la rue est souvent violente : rixes, vols, viols, meurtres. Mais il faut bien se garder de s’arrêter là. En effet cet humain qui, tout comme les autres, a besoin d’amour, de reconnaissance, et de sécurité affective, va trouver tout cela chez son chien, et va pouvoir entreprendre une relation sans critique, sans jugement. Ceci dit, certains vont aussi avoir un chien pour pouvoir le dominer et exercer un pouvoir, eux qui sont en totale infériorité aux yeux de la société. Généralement ces chiens-là sont traités comme souffre-douleur. L’opprimé, opprime à son tour pour se sentir moins opprimé…Dans d’autres cas moins pathologiques, le chien va être ce compagnon, cet ami qui est toujours là, amical, affectueux, même le ventre vide.

Et il va aider l’individu rejeté par la société à supporter ce rejet, rien que par sa présence qui prouve qu’il est quand même digne d’être aimé. Le chien est là pour ce que l’humain EST, et non pas pour ce qu’il A, ces chiens-là sont souvent traités avec tous les égards, régulièrement vaccinés et correctement nourris. Je me souviens encore d’une personne avec laquelle j’avais engagé la conversation à Toulouse à propos de son chien. Cet homme avait un magnifique berger allemand manifestement très bien nourri, d’une parfaite sociabilité, et il n’avait pas été qu’un peu fier de me montrer son carnet de vaccination parfaitement à jour et tous ses papiers de tatouage et de contrôle vétérinaire. Si cet homme avait loupé quelque chose dans sa vie, en tout cas s’occuper de son chien, çà il ne l’avait pas raté, c’était parfaitement réalisé. Et il pouvait en tirer une parfaite satisfaction !

Le chien fidèle
Certains chiens entretiennent une telle relation d’amour avec leur compagnon humain que ce lien perdure bien après la mort de ce dernier.

Il y a des exemples célèbres [18]. Notamment celui de Tip qui a un monument érigé à côté du lac Derwent Dam au Derbyshire en Angleterre sur lequel on peut lire :
En souvenir du dévouement de Tip,
Chien de berger qui demeura
Pendant quinze semaines sur le Howden Moor
Près du cadavre de son maître
M. Joseph Tagg,
Du 12 décembre 1953
Au 27 mars 1954.
Au XIXème siècle, en 1805, un petit terrier fut lui aussi célèbre pour être resté des mois durant auprès de la dépouille de son maître Charles Gough mort dans un coin isolé du Lake District. Sir Edwin Landseer l’immortalisa sur une de ses toiles tandis que William Wordsworth l’honora dans son poème intitulé Fidélité :
Oui, la preuve est faite que,
Depuis le décès de cet infortuné voyageur, le chien avait monté la garde
Aux côtés de son maître :
Comment s’est-il nourri pendant ce temps si long,
Lui seul le sait, qui offrit cet amour sublime
Et cette force de sentiment,
Bien supérieure à toutes les appréciations humaines,
Peut-être que c’est cela qui nous fascine chez ces chiens, cette fidélité que nous n’aurions pas nous même.

En 1988 Molly Perfett[19] raconte que son mari faisant un attaque il fut conduit à l’hôpital où il décéda quinze jours plus tard. Après son enterrement son chien Joe disparaissait pendant des heures. La famille finit par s’apercevoir qu’il se rendait au cimetière où il restait assis à côté de la tombe durant des heures ! Comment avait-il su que son maître était enterré là ? Mystère !

 

d)   le chien et l’enfant : des partenaires de choix

 

Les enfants sont élevés de manière de plus en plus permissive. Le parent devient un copain plus qu’un éducateur, ne s’inscrivant plus dans une relation d’autorité mais plutôt de compagnonnage vis à vis de son enfant. C’est terrible pour ce dernier car l’individu se construit avec des repères, des limites. Il se construit avec l’adulte et contre l’adulte. Ce sont des passages obligés. Or dans une société de plus en plus laxiste, l’enfant qui n’a plus de repères ressent le monde des adultes comme flou, équivoque, dangereux car incertain. Un animal, un chien en particulier, qui demande des soins et une responsabilisation certaine peut aider l’enfant à se construire un monde de certitudes. Le chien qui va aimer son petit maître le fera sans condition et surtout sans variation. Ce qui était bon hier, le sera encore aujourd’hui et certainement demain. A ce titre là un chien sécurisera l’enfant et, lui, l’aidera à se construire du mieux possible. Il est à souligner l’attitude souvent exemplaire des chiens par rapport aux enfants :
« Le chien dans 98% des cas, répond à une conduite agressive exercée par un enfant par une attitude non agressive. Le chien provoque une sollicitation par le jeu, déstabilise géographiquement l’enfant ou se désintéresse de son action en s’éloignant.[20] »

Des problèmes peuvent survenir si le chien lui-même est mal socialisé… au lieu d’être réglés, les problèmes sont multipliés ! Ce cas de figure se trouve souvent chez des personnes qui ne veulent pas assumer leur rôle de parents et qui démissionnaires le sont autant auprès des enfants que du chien de la maisonnée !
Dans un cas général, les animaux, et particulièrement le chien, aident l’enfant à se construire : «  L’animal est un référent éducatif très important, par certains côtés irremplaçable par d’autres référents, car les stimuli engendrés et les problèmes soulevés s’avèrent unique et caractéristiques.[21] ».

L’animal constitue une source de messages pour apprendre à reconnaître l’altérité ;
L’animal atténue la méfiance et la peur de la diversité : en se familiarisant avec la diversité des animaux il se prémunit contre de futures éventuelles peurs. La diversité animale compose un dictionnaire de modèles : la variété morpho-fonctionnelle, éthologique et communicative devient une sorte d’abécédaire pour l’imagination et la capacité d’invention (il n’y a qu’à voir tout ce que la technologie emprunte au règne animal.). La réalité animale représente un champ sémiotique (interprétatif) : le référent animal lance à l’enfant une série de défis cognitifs ; ce dernier apprend à prêter attention et à interpréter l’animal pour améliorer aussi bien sa propre faculté de compréhension que son aptitude à relier et considérer les signaux provenant de la nature comme quelque chose de significatif en soi.
L’animal stimule la communication : l’enfant le perçoit comme un camarade de jeux : ce rapport facilite l’extraversion, surtout chez les enfants victimes de troubles de la communication. L’animal ne juge pas et n’est pas inaccessible comme le monde des adultes ; avec l’animal, on peut faire semblant d’être un adulte/parent et tester son aptitude à reproduire les modèles inculqués par le monde des adultes, en multipliant les occasions de développer l’estime de soi.
On peut parler pour ce dernier point de la TFA ou Thérapie Facilité par l’Animal, concernant les enfants autistes ou en grand difficultés sociales. Je ne fais qu’effleurer en la signalant cette utilisation du chien en milieu thérapeutique. Je rappelle ici juste le cas de Jingles et Johnny [22] qui ont ouvert la voie à la TFA à la fin des années 50 : l’enfant amené dans le bureau du spécialiste ne réagira qu’au chien de ce dernier, Jingles, et demandera s’il peut revenir jouer avec son nouvel ami au grand ébahissement des adultes présents. Le Chien de Boris Levinson lui avait montré une nouvelle voie thérapeutique. Une nouvelle et belle aventure commence ce jour-là et continue encore aujourd’hui.
Il existe un autre territoire où l’enfant rencontre l’altérité de l’animalité. Un territoire riche, vaste, et sans limite : celui des contes. Ce qui pour les adultes est un moyen d’illustrer des situations véritables sous une forme accessible à l’enfant (l’inceste dans « Peau d’âne », la famille recomposée dans « Cendrillon », l’abandon parental dans « le Petit Poucet », etc…), est pour l’enfant un moyen d’aller dans un monde magique. Un monde où les désirs deviennent réalité, où le temps n’est plus un obstacle, où toutes les barrières tombent qu’elles soient sociales, générationnelles, ou d’espèce.

« Dans le conte, le rôle de conseiller est régulièrement tenu par l’animal appelé à illustrer et enseigner à l’enfant la trame du monde souterrain interdit aux adultes. Les adultes n’ont plus la connaissance de la nature, et l’on se voit renvoyé à un âge heureux où les hommes et les animaux s’abreuvaient à la même source du savoir. Telle est la raison qui nous pousse à recouvrer, à travers le récit fantastique, une sorte de correspondance entre la dimension individuelle de l’enfance et l’enfance de l’humanité elle-même.[23] »
Quand les contes dits « classiques » ont été écris, par les frères Grimm, Pérault et les autres, le statut de l’enfant veut qu’il oscille entre l’humanité et l’animalité, qu’il soit un hybride. Et les contes sont une parfaite illustration de cette hybridation avec des chats qui parlent et réfléchissent mieux que les humains, des loups et des cochons très bavard eux aussi, etc. Et ainsi l’animal-guide du conte va expliquer à l’enfant l’inexplicable : le monde des adultes, magique et effrayant.
Plus proche de nous dans le temps, il y a les films fait en compagnie d’animaux. Je pense à des longs métrages tels que « le grand voyage » de Walt Disney, où à travers les péripéties de deux chiens et un chat l’enfant va pouvoir porter un regard différent sur le monde des adultes et ainsi par le biais du regard des animaux l’apprivoiser et tenter de le comprendre.

De nombreux films récents mettent en scène des animaux qui servent de guide à l’enfant ou même au téléspectateur, pour décoder le monde. Cela tient au statut magique de l’animal qui possède des aptitudes au-delà de nos sens. Il vit des choses différentes, nous partageons le même monde mais nous ne le vivons pas de la même manière et c’est ce qui fascine l’humanité depuis toujours !

 

-IIi-
néototémisme canin

Avant de vous dire ce que j’entends par « néototémisme » je vais vous préciser quelque peu l’idée de totémisme. « Certains spécialistes ont mis l’accent sur le lien mystique entre les hommes et les animaux, une approche qui remonterait au phases les plus archaïques de l’existence humaine. L’homme aurait la sensation de posséder une affinité ancestrale et mystérieuse avec une espèce animale donnée, avec laquelle il partage un rapport fraternel. Dans ce cas, l’animal totémique met les homes en relation avec la dimension du sacré, scelle l’unité essentielle entre l’être humain et le monde naturel.[24] ».

Le mot « totem » vient de l’algonquin « ototeman » qui signifie : il est de ma parenté [25] Dans nos sociétés occidentales ou le déclin des idéologies et la montée de la mondialisation font perdre aux individus les références traditionnelles, ces derniers se recentrent sur des « tribus » à taille humaine, des groupes d’individus aux intérêts ou motivations convergents. Il faut noter à ce propos l’emploi d’une terminologie (tribu, totem, etc.) faisant référence aux sociétés traditionnelles, dites primitives, qui rassurent de par leur longévité si ce n’est leur pérennité. Dans un monde de plus en plus déshumanisé et angoissant, car l’individu n’est rien en rapport de la planète qui devient un village dévoreur de sens, chacun se crée sa propre échelle de valeur et ses propres référents.
Le néototémisme est selon moi cette création d’un groupe de référents qui sont au-dessus de l’individu, mais pas trop loin de lui non plus. Ce qui permet une identification aisée et d’autant plus rassurante qu’elle recrée un lien entre l’individu et le groupe. Un lien intelligible et porteur de sens, en un mot accessible.

Je vais tenter de vous expliquer dans cette partie en quoi le chien s’apparente au néototémisme. En tant que sujet d’un groupe, d’une espèce, tout d’abord, puis secondement en tant que participant de la société qui va voir en lui un ami ou un ennemi. Dans tous les cas il sera symbole, et hélas pour lui, pas toujours pour son bien.

 

A)  Le chien comme une nouvelle héraldique

La nouvelle héraldique, qui s’inscrit pleinement dans le mouvement de néototémisme, concerne ces référents animaux qui sont choisis comme symbole par les individus. L’héraldique du moyen-âge concernait les nobles qui choisissaient pour emblèmes des animaux réel ou imaginaire, donnant ainsi à voir les qualités (vraies ou supposées) de leur Maison de manière immédiate et assimilable pour tous.

Aujourd’hui le phénomène concerne plutôt l’individu qui va chercher dans l’animal des qualités dont il veut se parer. Ce sont souvent des animaux sauvages tels que les lynx, loups, et autres tigres et ours. « Ces animaux sont un alter ego humain, un signe indiquant, de façon implicite mais directe, que l’homme auquel il s’associe possède leurs caractéristiques (courage, fierté, force, vitalité, indépendance, etc.) : sans besoin d’éclaircissement supplémentaires, les autres trouvent ces signes dans le répertoire symbolique collectif, les reconnaissent et les décodent.[26] » Ces animaux sont peints sur des carrosseries, brodés sur des blousons, floqués sur des T-shirts, ou tatoués dans la peau. C’est sans limite. Hissés comme des oriflammes, ils offrent au regard de tous une certaine idée de l’idéal du moi de celui ou celle qui les arbore.

Nous élevons au sein de la FCI 350 races différentes de chiens. En fonction de son tempérament, de ses goûts et du temps qu’il a à lui consacrer, chacun peut trouver un chien qui lui corresponde. Posez à un propriétaire la question du pourquoi tel chien plutôt que tel autre et vous obtiendrez généralement trois types de réponses : parce qu’il est beau, son poil me plaît, sa forme, etc., parce qu’il m’est utile, il a telle qualité, telle aptitude… par hasard, (trouvé, donné, etc.)
Mais en fait dans le choix ou même, bien que cela puisse sembler plus surprenant, dans le non choix d’un chien résident des indices et des clefs pour comprendre la personne qui a ce chien.

 

a) Symbolisme, imaginaire et esthétique

Plusieurs choses sont à prendre en compte. Premièrement le fait pour un chien d’appartenir à une race bien déterminée ou pas. Quand on parle de cela ce n’est pas du chien en réalité dont on parle mais de l’idée que nous nous faisons de l’ordre social. Le chien de race avec pedigree est le chien « officiel » estampillé « qualité extra ». Ce qui pour les cynophiles est une base de départ, est pour les non-initiés le symbole d’une appartenance à une élite. Et en fonction du vécu et des convictions de la personne cette notion d’élite va être perçue comme valorisante ou franchement rédhibitoire. Le chien en tant qu’individu ne sera jamais pris en compte n’étant porteur que d’un symbolisme qui le dépasse.

Pour les personnes qui honnissent l’idée même de sélection génétique qui leur rappelle de mauvais souvenirs historiques, le corniaud sera toujours plus sympathique dans l’idée même de sa genèse, ressentie comme « naturelle », et ce même si le chien est mordeur car mal socialisé. Bien souvent les chiens plébiscités par ces personnes sont des chiens à l’apparence jugée comme sympathique, poils ébouriffés jusque sur la face, oreilles tombantes, silhouette médioligne.

A l’opposé se trouveront les chiens dits « racés » dans l’acception commune du terme. On y retrouvera souvent des chiens longilignes ou sub-longilignes à poils ras où à l’inverse très longs. Je pense notamment aux lévriers, aux dobermanns, et aux colleys. En ce qui concerne plus spécialement le dobermann, dont je peux d’autant mieux parler que j’en élève, cette race est directement soumise à son esthétique. Sa beauté est perçue comme dangereuse, et soit cela attire soit cela rebute en fonction, encore une fois, non pas des qualités et défauts intrinsèques du sujet considéré, mais des a priori de celui qui le regarde.

Ce chien est assimilé aux nazis dans l’imaginaire collectif, et s’il est vrai que la gestapo l’a utilisé, en revanche les SS qui ont utilisé le berger allemand dans les camps de concentration n’ont pas autant marqué cette dernière race qui dans l’inconscient collectif s’apparente plutôt à Rintintin et autres chiens sauveteurs du même acabit. L’esthétique du dobermann (silhouette élégante noire et feu et oreilles triangulaires portées droites) a joué indéniablement dans ce phénomène d’assimilation à une catégorie d’oppresseur. Il est vrai que quand je vois mes chiens trottiner le long des clôtures avec le cou dans le prolongement direct du dos, j’ai vraiment une impression d’individus en « maraude ». Ils sont très lupoïdes dans leurs déplacements, donc d’autant plus inquiétants ! Pour en finir avec eux il faut quand même signaler le chiffre donné par le vétérinaire éthologue Patrick Pageat[27] qui explique qu’en quinze ans de consultation il a traité environ 12 000 chiens agressifs et que seulement une petite dizaine étaient des dobermanns. Un chiffre surprenant de modestie pour l’ « assassin » auquel on assimile le dobermann !

J’ai relevé dans un livre le passage suivant qui, plein d’humour, donne bien la mesure des qualités vraies ou fantaisistes que l’on peut donner à un chien en fonction de son apparence : « Lorsque Sammy a succombé à la vieillesse j’ai fait ce qui me semble une erreur en désignant comme successeur un terrier d’Aberdeen qui était supposé répondre au nom d’Angus. Les terriers d’Aberdeen sont intelligents, ils ont une belle allure, si vous faites abstraction de leurs sourcils menaçants, mais ils sont si austères et débordants d’esprit calviniste qu’il est impossible à un être humain normalement faillible de ne pas se sentir mal à l’aise en leur présence. Angus avait une façon bien à lui de se placer face à moi et de me regarder comme le ferai un prédicateur écossais sur le point de blâmer les fidèles pour leurs péchés.

Les dimanches en sa compagnie étaient particulièrement éprouvants. Il n’y a presque rien qu’on puisse faire un dimanche qui ne suscite la désapprobation d’un terrier d’Aberdeen. Il consentait de mauvaise grâce à m’accompagner dans ma promenade après déjeuner, et si je m’oubliais au point de le siffler, sa façon de réagir montrait ce qu’il pensait de gens à ce point enfouis dans le péché pour se permettre de siffler le jour du sabbat.[28] »
Les diverses races qui ont été créées pour tenir un rôle souvent bien précis auprès de nous, véhiculent par leur apparences tout un tas de symboles qui n’ont parfois vraiment rien à voir avec la réalité du chien. Souvenez-vous de l’exemple des labradors dont je vous parlais plus haut. Ces pauvres chiens devraient savoir instinctivement guider les aveugles et trouver le Palais de l’Elysée …

b) Groupe et identification
Avoir un chien ce n’est pas simplement entretenir une relation d’individu humain à individu canin, c’est aussi appartenir à une communauté. Tout d’abord c’est appartenir aux cynophiles, puis ensuite aux amateurs de groupe (berger, bouvier, lévrier, retriever, etc.) qui vont se reconnaître dans une utilisation du chien, et enfin (mais pas toujours) aux passionnés d’une race qui vont souvent se reconnaître dans une esthétique et quelques traits saillants de caractère.

Chaque chien parle de son maître. Que ce soit par son caractère qui reflète son éducation et donc l’inconscient de son maître ou par sa race qui raconte l’imaginaire et les fantasmes de ce même maître. Le chien bien souvent est comme une voiture, il y a le type, grand ou petit, familial ou sportif ; et puis il y a la marque (la race), plus ou moins à la mode.

Le chien parle de l’idéal du moi du maître, de l’idée qu’il se fait de lui-même. Une star de cinéma pourra sans complexe avoir un corniaud. Corniaud qui dira deux choses sur son ou sa propriétaire. Primo que l’élite c’est elle/lui, et pas le chien, et secundo que cette élite est aussi un peu bohème et surtout a des qualités de cœur qui font que même le plus humble à sa place auprès d’elle.
Par contre les personnes voulant faire partie d’une élite sociale mais n’y parvenant pas pourront trouver leur compte en ayant un chien qui, lui, fera partie de l’élite canine, en étant champion de sa race par exemple. La valeur ajoutée du jardin abritant ce sujet sera alors décuplée ! Ne parlons pas du maître qui promènera son chien comme un trophée. J’en parle d’autant plus librement que n’étant pas miss monde… je ne verrai aucun inconvénient à avoir un champion dans mon carré gazonné !

Le chien est un prolongement narcissique de son maître. Ce dernier lui attribue des qualités, dont il aime à penser qu’il est pourvu lui aussi (devons-nous vraiment entamer une discussion sur les « super reproducteurs » ?). Faites parler un heureux propriétaire de son chien favori et il va vous parler en fait de lui. On assiste fréquemment aux conséquences directes de l’assimilation, par le maître, du chien à son ego. Deux cas sont endémiques : chez le vétérinaire la castration du mâle ressentie par le propriétaire homme comme une atteinte directe à sa virilité personnelle, ce qui n’est pas du tout le cas quand la stérilisation concerne une femelle : « ben oui vous comprenez les femmes ça prend la pilule, alors pour une femelle… c’est un peu pareil, ça les traumatise moins ! ». Dans une exposition canine où le chien de la personne est régulièrement plus beau que la m… qu’il y a sur le ring. Peu importe la qualité de l’animal du reste, puisque l’on sait bien que «  les juges tous des vendus … et les éleveurs tous des pourris ». Ce qui donne quand la critique vient d’un éleveur : «  de toute manière il n’a jamais su juger… et celui-là cela ne m’étonnerai pas qu’il ait filé une belle enveloppe ! ».
L’appartenance d’un chien à une race donne la possibilité à son propriétaire d’adhérer au club de la race concernée. Ainsi il va rencontrer des gens qui ont la même passion que lui et donc une certaine affinité de mode de pensée. Tous ces membres vont avoir comme but commun la pérennisation et la diffusion de leur race d’élection. Ce n’est souvent, hélas, idyllique que sur le papier, les intérêts personnels des uns achoppant fréquemment sur ceux des autres…
Par contre quand deux propriétaires de chiens d’une même race se rencontrent dans la rue, il se crée souvent une synergie très positive, les personnes concernées se trouvant très rapidement des affinités communes. A ce moment- là, la détention de l’animal au bout de la laisse vaut carte de visite. La personne, sans en parler le moins du monde, dévoilant une part de son moi intime. Sans l’expliquer ni le justifier, juste en le montrant.

Les conversations s’engagent souvent sur des sujets « bateaux » : météo, sport, voiture et bien souvent sur les chiens. Instinctivement les interlocuteurs sont très précautionneux l’un avec l’autre, ne dénigrant jamais le chien de l’autre, même si « in petto » ils n’en pensent pas moins, sachant qu’il ne s’agit pas que d’un animal , mais bien d’une manière d’appréhender le monde et d’une somme considérable d’investissements affectifs. Dénigrer le chien de l’autre est d’une inconvenance folle en ce sens où c’est l’intimité de l’autre qui est en fait ainsi dénigrée. Il n’est pas rare de voir une personne se vexer profondément d’une remarque faite à propos de son chien comme si c’était elle même qui était remise en cause. Le chien n’est pas séparé de son maître si ce n’est par le corps, car en fait il en est le prolongement inconscient.

b) Chien fantasme/fantasmé

« Savez-vous que la pensée occidentale a modifié le comportement des chiens ?
Depuis quatorze mille ans qu’ils nous côtoyaient et participaient à nos histoires, ils ont fini par se considérer comme des sur-chiens ! Notre imprégnation culturelle a modifié leur psychisme !
Comme tous les êtres civilisés, ils aboient beaucoup exprimant ainsi leur participation à nos échanges verbaux. Mais si les chiens campagnards n’aboient qu’en connaissance de cause, les chiens sauvages n’aboient guère, car tous les chasseurs se taisent, quelle qu’en soit l’espèce. Nous avons là sous nos yeux, et dans nos oreilles, la réponse au très vieux débat philosophique sur les parts respectives de l’inné et de l’acquis : une espèce génétiquement douée pour aboyer devient silencieuse en milieu naturel et aboyeuse en milieu civilisé. Les chiens nous font comprendre qu’une même promesse génétique prend des formes différentes selon qu’elle se tient dans d’une écologie naturelle ou dans un milieu parolier.

Bien sûr, une vie de chien n’est pas une vie d’homme, quoique la réciproque ne soit pas vraie. Un monde de chien, avec ses odeurs fortement évocatrices, ses sonorités qui déclenchent des sensations inimaginables, ses visions floues et douces comme des pastels, ce monde éveille en lui des émotions et des représentations profondément imprégnées de condition humaine. Pauvres bêtes, elles ont tout subi de notre part, nous les avons pensées à toutes les sauces : nous les avons divinisées dans nos temples péruviens, nous avons porté leur deuil dans notre belle civilisation égyptienne, nous les avons haïes au Moyen Age quand nous les accusions de magie noire, nous les avons aimées, craintes, utilisées, adorées et cuisinées. Il n’est pas de participe passé que les chiens n’aient enduré.
Depuis qu’en occident nous les prenons pour des oeuvres d’art vivantes, chargées de stimuler notre affectivité, ils vivent comme des patachons

Le chien est un fantasme humain, puisque nous avons pris le loup et que nous l’avons rêvé jusqu’à en obtenir le chien, avatar lupoïde et « customisé ». L’idée que la société se fait du chien est rarement concordante avec la réalité de notre charmant mammifère et pourtant on en fait des lois… On peut certainement rajouter que l’idée que le propriétaire se fait de son chien conditionne ce dernier encore plus sûrement que des lois !

a)     Le regard de la société sur le chien
Deux tendances tout d’abord : cynophiles et cynophobes. Quand on parle du problème des déjections dans les villes les cynophiles vont parler des maîtres irresponsables, les cynophobes du nombre trop élevé de chiens. En ce qui concerne les chiens dits « dangereux », les cynophiles vont encore parler des maîtres, alors que les cynophobes vont immédiatement s’en prendre à la nature même de l’animal.

Plusieurs choses sont quand même à noter concernant le « problème » des chiens pit-bull et autres type bull :
1° la délinquance relève de l’être humain et non pas d’un type de chien. Un berger allemand mis dans les mêmes mains ne serait pas meilleur.
2° les pit bull ont été sélectionnés pour se battre avec d’autres chiens ou animaux et non des humains. Les chiens de ce type s’attaquant à des personnes ayant été désocialisés dès leur plus jeune âge par APPRENTISSAGE PERVERTI et non par « instinct génétique », les lois concernant ces chiens sont fondées sur du vent.
3° Les médias ont joué un rôle lamentable créant un épiphénomène et l’exploitant à fond par la suite.
Concernant les médias je m’explique : le premier pit-bull importé en France fut une femelle qui s’illustra dans le sauvetage. C’était en 1983. A la fin des années 80, les médias, toujours friands de sensationnel, commencèrent à relayer l’info suivante : aux Etats-Unis les dealers avaient trouvés la parade aux contrôles de police, à savoir cacher la drogue dans le collier du chien dressé à ne pas se laisser approcher voire à s’enfuir si nécessaire. Imitant les américains, les dealers européens importèrent à leur tour ces chiens, organisant en supplément des combats pour rentabiliser encore plus l’affaire. Certains jeunes, relativement désocialisés, virent en ce type de chien la possibilité de s’affirmer en faisant peur. Devant une société qui vous rejette et ce faisant vous fait peur, la meilleure défense reste l’attaque, et donc faire peur à l’autre permet de temporiser la peur qu’il nous inspire.

Une fois la mode de ce type de chien lancée comme une traînée de poudre, les médias, télé en tête, n’eurent qu’à récolter ce qu’ils avaient semé et faire leurs choux gras du phénomène et de ses dérives… Pressés par une opinion publique aux abois (faisons ce mauvais jeu de mot), les politiques statuèrent sur les chiens, alors qu’il aurait fallu le faire sur l’autre bout de la laisse !
Il faut quand même se souvenir que le chien des Petites Canailles dans les années trente est un pit bull ! La réalité c’est que ce chien est assez porté sur les humains, se révélant un excellent compagnon de jeu, même pour des enfants, n’en déplaise à certains.

Ces chiens sont des boucs émissaires payants aujourd’hui un lourd tribut aux peurs de la société qui voit dans leur élimination le moyen d’endiguer la montée de la violence dans les banlieues. C’est vraiment comme si dans un accident de voiture on traînait la voiture au tribunal et pas le chauffard !
Là encore l’imaginaire de l’être humain a créé un monstre qui n’a que peu à voir avec le chien réel. Par contre ce n’est pas l’idée du chien qui est euthanasié mais bien le chien lui-même. Le pire étant que certains chiens ont tellement été désocialisés qu’il n’y a effectivement plus aucune autre alternative. L’être humain qui a commis ce saccage n’est quand à lui que rarement inquiété et rien ne l’empêche de reprendre un autre chien pour refaire la même chose !

Inutile de préciser que la carrière des pit bull en tant que chien d’avalanche ou de décombre n’a jamais été prise en compte ni par les médias, ni par les politiques.

b)     mon chien, ma névrose
Depuis une vingtaine d’années un nouveau champ d’étude est apparu. C’est celui de la psychogénéalogie. La transmission de secrets de famille à travers les générations, et ce sans même qu’ils soient verbalisés. De la même manière que nos secrets transitent d’une génération à l’autre, notre inconscient transite vers nos chiens. Sans mot, ni explication. Juste un fait. Je vous en proposerai une explication plus loin, dans la partie IV.
Le chien qui passe des heures à observer son maître (pas de télé ni de lecture dans un monde de chien !), s’imprègne de ce dernier. Totalement. Il en boit l’inconscient jusqu’à l’ivresse, parfois jusqu’à la mort dans les cas les plus extrêmes. Le chien somatise le monde de son maître, qu’il soit bon ou mauvais.
« L’animal de compagnie est un symptôme de pathologie psychiatrique. Dès l’instant où l’on tisse des liens d’attachement entre humains et animaux chacun peut devenir le symptôme de l’autre. Et comme c’est le propriétaire qui a le monde mental le plus riche, il l’exprime souvent à son insu et cela façonne une partie du comportement de l’animal. C’est ainsi que les animaux de compagnie deviennent des symptômes des troubles psychiatriques dont peuvent souffrir les propriétaires.[29] »

Le chien est une éponge émotionnelle. Le Dr Vre Millemann[30] l’explique bien quand il relate les cas qu’il a suivis. Le « simillimum » du chien étant souvent le même que celui du maître. Laissons encore parler Cyrulnik :
« Les éthologues cliniciens et les vétérinaires ont fait le constat que la pensée du propriétaire pouvait façonner le comportement et le développement biologique du chien. Certaines personnes attendent, par exemple, de leur chien qu’il défende la maison. Ils développent une peur relative de l’environnement qui va être perceptible par l’animal. Face à cette émotion enregistrée par différents canaux, le chien va alors adopter une attitude menaçante que les propriétaires vont analyser comme un comportement de défense de la maison. Ce n’est pas de la transmission de pensée, (…) c’est de la matérialisation de pensée. Dans certaines pathologies comme les maladies maniaco-dépressives, où les gens sont tantôt euphoriques tantôt mélancoliques, jusqu’à se sentir responsable de toutes les plaies du monde, on voit que le chien s’adapte impeccablement à l’humeur du propriétaire.
Quand le propriétaire est gai , il va se mettre à aboyer, gambader, quand il est triste, le chien ne bouge pas, il se met à trembler. (…) Le chien qui vit dans un monde de sympathie est hypersensible au moindre indice émis par le corps du propriétaire adoré. C’est donc bien une matérialisation de la pensée humaine transmise au chien qui façonne ce dernier. Les vétérinaires (…) montrent chez des chiens, des troubles d’hypertension, de diabète, d’ulcères hémorragiques gastriques, des dermatoses suppurantes … de graves maladies dont le point de départ se situe dans la pensée du propriétaire. »
Le chien dans son interaction avec son propriétaire peut se déclencher des maladies symptomatiques de la relation qu’il entretient avec son maître.

Mais il y a aussi des cas où le chien lui-même devient symptôme. C’est le cas des familles qui sont régies par des contrats inconscients délétères. Je pense encore à des clients reçus en éducation canine par mon patron de l’époque. Ces gens avaient un rottweiler qui agressait la mère de famille. Ce chien, encore jeune, avait été acquis pour son esthétique impressionnante et « pour ne pas qu’on vienne m’emmerder ! » dixit le fâcheux propriétaire. Le fils aîné était présent lors de l’entretien où, lorsque la seule fois où la mère à voulu donner son avis elle s’est faite rabrouer et par le père, et par le fils. Nous avons revu plusieurs fois cette famille avant que mon patron décide d’interrompre les leçons qui ne servaient à rien, tout ce qui était fait sur le terrain étant défait à la maison.

La morale de cette triste histoire c’est qu’il s’est avéré que cette femme était battue par son mari, le fils se rangeant du côté de son père et l’oppressant tout autant. Le chien ne faisait qu’emboîter le pas aux « mâles dominants », et rendait visible pour tous l’enfer que vivait cette femme au quotidien. N’ayant pas la retenue sociale des humains le chien ne se gênait pas pour mordre cette femme souffre-douleur n’importe quand et n’importe où. Les leçons qu’ils étaient venues prendre n’étaient qu’un alibi le propriétaire ne voulant vraiment pas que son chien change ! Un jour de colère, mon patron l’a renvoyé en lui intimant l’ordre d’aller se faire soigner  parce que LUI était malade, et non son chien. Les cas de ce genre sont pléthore et chacun d’entre nous pourrait hélas certainement raconter une anecdote à ce sujet.
Sur un registre moins dangereux j’emprunte le cas suivant à Boris Cyrulnik :
« Un couple sans enfant avait un berger allemand qui, choyé et bien entouré affectivement (il tenait la place de l’enfant absent), se portait à merveille. Un jour un corniaud, alléché par leurs poubelles, s’installe dans leur vie et se fait accepter par tout le monde y compris le berger qui cependant le maintien dans un statut inférieur. Du temps se passe et l’impossibilité d’avoir un enfant commence à miner le couple. Le berger qui a toujours été là pour remplacer cet enfant qui ne vient pas, devient pour l’épouse le symbole même de l’incapacité du couple à se reproduire. Dans le discours de cette femme le berger va alors changer de statut, et son imaginaire va le dévaluer. Le chien qui est toujours bien nourri et bien traité va alors adopter un comportement boulimique et se jeter sur le pain et les pâtes les volant même si nécessaire. Le corniaud dont la femme loue par ailleurs, la débrouillardise va quant à lui acquérir le statut de dominant, le berger lui cédant sans heurts la place ! De cette observation il ressort clairement que le problème alimentaire du berger allemand n’a rien à voir avec lui en fait, mais résulte d’un problème dans le couple humain.
Quelque part on ne me fera pas croire que le drame du chien ce n’est pas l’humain. Le paradis des chiens existe sur cette terre [31]. Il est sur l’île d’Ellesmere près du cercle polaire. Là y vivent des loups blancs qui n’ont pas peur de l’homme car ils ne l’ont jamais côtoyé. L’homme ne perturbe jamais la vie de la meute, en jouant le rôle d’un dieu souvent stupide et cruel. Cette vie-là n’est pas forcément facile mais elle est certainement psychologiquement plus évidente à mener que la vie de salon de notre canis familiaris !

-IV-

Le plus vieil ami de l’homme…
… un continent à découvrir ?

Qui peut se targuer de savoir vraiment ce qui se passe dans l’esprit de nos chiens ? Pas moi mais j’ai quand même essayé d’y réfléchir et voilà le résultat auquel je suis arrivée et que je donne à mes clients par le biais du livret-chiot que je leur remets :
Essayez de vous mettre à la place de votre compagnon et de voir le monde avec ses yeux. Lorsqu’il a peur comprenez bien que vous n’avez pas de mots pour lui expliquer ce qui se passe, seuls vont lui parler votre attitude et l’intonation de votre voix. Le monde du chien est non verbal et dénué d’abstraction, pas le nôtre, alors si vous pensez que vous êtes plus intelligent que lui oubliez justement votre intelligence et entrez dans son monde, cela vous aidera certainement à le faire entrer dans le vôtre.
Essayez de vous mettre dans la peau de votre jeune compagnon, pour cela tentez de vous replonger dans votre enfance lorsque de nombreuses choses étaient au-delà de votre compréhension.  Mais n’oubliez pas que votre animal ne peut pas se projeter dans le futur sauf le plus immédiat.
Il vous faut donc comprendre que votre animal vous fait énormément confiance. Un exemple, lorsque vous partez en vacances votre chien est très souvent anxieux car il comprend que quelque chose se passe mais il n’a pas les moyens de savoir quoi. Les déménagements sont aussi particulièrement déroutants et angoissants pour lui. Donc quand vous vous verrez confronté à une situation où votre chien devient nerveux n’oubliez jamais que si vous, vous savez, c’est loin d’être son cas. Imaginez-vous coincé psychologiquement dans un temps uniquement au passé et au présent, privé de parole, et dépendant d’une espèce autre que la vôtre décidément bizarre. Et alors vous allez mieux comprendre ce que vit votre chien et quelle dose d’amour il vous porte.

Cet amour inconditionnel dont je vous ai déjà parlé plus haut, pousse certains chiens à deviner tout un tas de choses concernant leur maître.
Certains chiens sont capables de choses proprement stupéfiantes ! Plusieurs auteurs s’en sont faits l’écho mais je me suis attachée plus particulièrement à Rupert Sheldrake qui a le mérite de présenter ces faits sous l’angle de la théorie des champs morphogénétiques dans son livre « Ces chiens qui attendent leur maître, et autres pouvoirs inexpliqués des animaux. ». Dans ce livre il parle de leurs pouvoirs psychiques et paranormaux et il propose une théorie qui les explique. Vous pouvez penser que ce monsieur est un doux dingue, un farfelu. C’est vraiment loin d’être le cas. Il est Docteur en sciences naturelles à l’université de Cambridge, chercheur titulaire à l’Institut des sciences noétiques de Californie, et accessoirement connu dans le monde entier pour ses théorie novatrices sur les champs morphogénétiques… Dans son domaine une « pointure » donc.

Lisez donc son ouvrage fort convaincant et qui sait, l’envie de vous joindre à son étude vous titillera-t-elle peut-être ?
Les romains pensaient être arrivés au summum de la connaissance et du raffinement du mode de vie. Aujourd’hui beaucoup d’entre nous en sont arrivés à la même conclusion. Or une seule chose est certaine, et c’est que nous ne savons pas tout. Les animaux qui nous entourent ne sont pas respectés. Il ne s’agit pas évidemment de former des psychiatres pour amibes mais peut être passons nous bêtement à côté d’une richesse de la vie par vanité et ignorance. La prochaine fois que vous passez près d’un animal essayez de voir le monde avec ses yeux et peut-être arriverez-vous à percevoir correctement que nous formons tous une communauté : celle du Vivant.

[1] in « La compagnie de l’animal » texte de l’essai sur la condition animale « Si les lions pouvaient parler » dirigé par Boris Cyrulnik, éd Quarto Gallimard, 1998.[2] in « Les relations entre l’homme et l’animal », texte de la 41ème conférence de l’Université de tous les savoirs donnée le 10 février 2000.[3]  in Animaux et Magie, symboles, traditions et interprétations,  Ed  De Vecchi.R. Marchesini est chercheur en éthologie. Il a publié de nombreux articles consacrés au rapport homme/animal et enseigne l’éthologie et la bioéthique vétérinaire.S. Tonutti est anthropologue. Elle enseigne l’anthropologie culturelle et l’anthropologie de l’alimentation.[4] in Marie-Claire, mars 2002.[5] in Animaux et Magie op. cit.[6] Philippe Jacquin in « les Indiens d’Amérique du Nord, les animaux et la religion, texte de l’essai sur la condition animale « Si les lions pouvaient parler » dirigé par Boris Cyrulni, éd Quarto Gallimard, 1998.[7] Danielle Elisseeff in « le rapport homme/animal quelques vérités premières à la source des croyances chinoises », texte de l’essai sur la condition animale « Si les lions pouvaient parler » dirigé
par Boris Cyrulnik, éd Quarto Gallimard, 1998.[8] Du grec antonomasia (figure de rhétorique) : Substitution à un nom commun d’un nom propre ou d’une périphrase énonçant sa qualité essentielle, ou réciproquement. Ex : c’est un Harpagon, pour c’est un avare.[9] Psychopompe : qui guide l’âme des défunts dans l’au-delà.[10] in  « Ces chiens qui attendent leur maître » , Rupert Sheldrake, éd. Du Rocher, 2001[11] in Enfer, VI, 13-18[12] in  « Ces chiens qui attendent leur maître » , Rupert Sheldrake, éd. Du Rocher, 2001[13] Catherine Mayeur-Jaouen  in « L’animal dans l’islam » texte de l’essai sur la condition animale « Si les lions pouvaient parler » dirigé par Boris Cyrulni, éd Quarto Gallimard, 1998.[14] Bukhârî, Sahih, I, in « Mahomet et la tradition islamique, éd Le Seuil, 1955[15]  53ème Séminaire de la SFC in Animal médiateur de la communication humaine[16]  in « la plus belle histoire des animaux », Picq, Digard, Cyrulnik, Matignon, éd du Seuil , 2000[17] in « Animal et magie », op.cit.[18] in  « Ces chiens qui attendent leur maître » , Rupert Sheldrake, éd. Du Rocher, 2001[19] in  « Ces chiens qui attendent leur maître » , Rupert Sheldrake, éd. Du Rocher, 2001[20] in « Animal médiateur de la communication humaine », J.-L. Vuillemenot, 53ème séminaire de la SFC, 2000[21] in « Animal et magie », op.cit.[22] in « Animal médiateur de la communication humaine », J.-L. Vuillemenot, 53ème séminaire de la SFC, 2000[23] in « Animal et magie », op.cit.[24] in « Animal et magie », op.cit.[25] Philippe Jacquin in « les Indiens d’Amérique du Nord, les animaux et la religion, texte de l’essai sur la condition animale « Si les lions pouvaient parler » dirigé par Boris Cyrulni, éd Quarto Gallimard, 1998.[26] in « Animal et magie », op.cit.[27] in « L’Homme et le Chien », éd. Odile Jacob, 1999[28] P.G. Wodehouse in « Quelle vie de chien » d’Elliot Erwitt, éd Phaidon 1999[29] in « Les animaux de compagnie peuvent être des symptômes de troubles psychiatriques », Boris Cyrulnik, Le Monde dimanche 26 – lundi 27 septembre 1999, propos recueillis par Jean-Yves Nau[30] in « L ‘Animal malade de l’Homme », 53ème Séminaire de la SFC, Alfort 2000[31] Selon le point de vue (que je partage totalement) d’Elisabeth Marshall Thomas, in « La vie secrète des chiens, une anthropologue en pays canin » éd Robert Laffont, 1995